Un appareil – le Miranda Sensorex

Les plus jolies découvertes tiennent souvent plutôt de la chance que d’un hypothétique flair. On les doit aussi parfois à une certaine envie de sortir des sentiers battus. C’est à Samois-sur-Seine, ville voisine, que j’ai poussé la ballade quelques rues au-delà du tumulte du vide grenier annuel, les bras chargés de vinyles de Django Reinhardt, jusqu’à un discret porche où un monsieur humble tenait son étal isolé.

Outre la présence d’un amusant Coronet Twelve dont la forme rondelette mettrait de bonne humeur le plus grincheux des collectionneurs, le fond du carton me semblait un peu trop bien accroché au trottoir. J’en sors en effet un étui de reflex, de bonne facture soit dit en passant, accompagné de sa petite poche à accessoires. Je dégrafe la pression de l’étui et… Bonne pioche !

Le détail mémorable : une massive étoile à quatre branches

J’avais eu l’occasion de croiser cette façade toute particulière dans d’antiques réclames de magazines des années 60. Impossible de la rater, et pour cause, les japonais de la Miranda Camera Company ont ajouté le détail qui rend leur appareil mémorable : une massive étoile à quatre branches orne le prisme de l’appareil. Difficile d’ailleurs de ne pas faire le rapprochement avec une calandre de voiture ancienne. Voici donc le Miranda Sensorex.

Présentation

Construit par la Miranda Camera Co. à partir de 1967, le Sensorex est un très gros reflex 24×36 à objectif interchangeable. Son poids semble aujourd’hui inconcevable : 758g… boîtier nu ! Comptez 978g avec l’objectif standard ! L’appareil offre une bonne prise en main avec beaucoup de surface pour poser ses doigts et soutenir fermement le poids du boîtier. Néanmoins, gare aux courbatures si vous tentez de l’emmener, lui et son bon kilo, en excursion pour la journée complète.

Le dessus du capot est étrangement sobre. Il manque quelque chose. On y trouve bien la roue de sélection des vitesses, qui s’échelonnent de la seconde jusqu’au 1/1000e, tout à fait performant pour l’époque. Elle permet également la sélection de la sensibilité du film de 25 à 1600 ASA. Sous la roue, le levier d’avancement du film permet avec une course très courte d’armer l’obturateur à rideaux et d’avancer rapidement au cliché suivant. Seuls autres éléments entre le levier et le prisme : un témoin d’armement et le compteur de vues.

Mais alors où se trouve le déclencheur ? Il est subtilement placé à l’avant, près de l’objectif, au dessus du levier de retardateur, un peu à la manière de ce qui se faisait déjà sur les Contax de Zeiss Ikon/Pentacon. On utilise alors le majeur pour déclencher, pendant que le pouce et l’index maintiennent fermement le carter supérieur. La prise en main est naturelle et efficace.

Où se trouve le déclencheur ? Il est subtilement placé à l’avant. La prise en main est naturelle et efficace.

Le côté main gauche est plus chargé. Sur le dessus, un simple levier de rembobinage surplombe l’interrupteur de la cellule intégrée. Le logement de la pile est situé à l’arrière du capot, bien accessible au dessus de la porte du dos. La pile est une PX625 au Mercure, que vous pourrez remplacer par une simple pile alcaline. Je n’ai exposé que du Noir et Blanc dans cet appareil, méfiez vous des erreurs exposition avec des émulsions plus sensibles.

 

Toujours à gauche, à l’avant, un sélecteur permet d’indiquer l’ouverture maximale de l’objectif monté, de f/1.4 à f/8. Il neutralise alors les plus grande ouverture dans la mesure de l’exposition qui s’effectue à travers l’objectif. Grand luxe, car c’est une fonctionnalité apparue sur les SLR seulement quatre ans plus tôt. Mieux encore, la mesure est pondérée  : l’exposition est mesurée dans la moitié basse de l’image, les marques de la cellule sont visibles sur le miroir.

Robustesse et qualité

J’ai lu quelques commentaires négatifs concernant la fiabilité des appareils Miranda, et la qualité de leurs optiques. Oubliez ces commentaires. Ou alors ne les appliquez pas au Sensorex.

L’ensemble des assemblages respirent la maîtrise de production. Les boutons et leviers ne souffrent d’aucun jeu. Chaque manipulation nécessite un peu de force mais est toujours terriblement précise. Les feutrines utilisées ont survécu à 50 ans de stockage et le boîtier n’autorise aucune fuite de lumière.

J’ai lu des commentaires négatifs concernant la fiabilité des appareils Miranda. Oubliez-les.

Cet ensemble de constatations et son aspect massif en font un appareil qui transpire la robustesse et la précision. Seule l’optique de mon exemplaire avait perdu un peu de graisse sur une lentille. Aucun problème, l’objectif est de très bonne facture, simple d’accès, le nettoyage complet des entrailles a été rapide et sans bavure.

En synthèse, le Sensorex disposait à son époque, avec un peu d’avance, de tous les équipements des reflex manuels qui persisteront jusqu’à plusieurs décennies plus tard. À titre de comparaison, le Praktica MTL3 qui naîtra 10 ans plus tard partagera encore les mêmes fonctionnalités, avec quelques grammes en moins.

Néanmoins, le Miranda Sensorex n’est pas uniquement un très bon reflex d’époque. Il cache encore quelques tours dans son sac. Alors quelles sont ses spécificités qui en font un objet unique ?

Ingéniosité

Les japonais de Miranda n’ont pas seulement pensé un très bon reflex moderne, ils ont créé un vrai système modulaire.

À commencer par le prisme qui est interchangeable. Un simple poussoir permet de débloquer l’ensemble du bloc supérieur qui glisse alors vers l’arrière. Sous la calandre étoilée, il ne reste alors plus que le dépoli de visée muni de ses microprismes.

Miranda Sensorex – Le prisme standard retiré

Le prisme standard permet simplement la visée à hauteur d’oeil. Très clair, il ne contient que des informations sur l’exposition. Avec l’objectif Miranda Auto 50mm f/1.8, le facteur d’agrandissement étant de 0.92X, on peut tout à fait composer avec les deux yeux ouverts. Mais il existe différentes situations où un système de visée alternatif peut faire la différence. Ainsi, deux prismes supplémentaires étaient disponibles en option.

Avec l’objectif standard, le facteur d’agrandissement est de 0.92X : on peut composer avec les deux yeux ouverts.

Le premier permettait la visée de poitrine, encore à la mode à la sortie de l’appareil. La visée haute permet de saisir des clichés dans des situations où il est difficile de placer l’œil au niveau du boîtier. Elle permet également parfois d’être plus discret lors de la prise de vue.

Le second prisme en option fournissait deux types d’agrandissement : le centre de l’image pouvait être agrandi 15 fois pour faire une mise au point ultra précise. Ou bien l’ensemble de la visée pouvait être agrandie 5 fois pour avoir une meilleure vision de la mise au point globale. C’est en macrophotographie ou en microphotographie (couplé à un microscope) que ce prisme a tout son intérêt.

Le plus surprenant concerne la monture. Sur le Sensorex, elle est double ! L’extérieur est une baïonnette spécifique aux appareils Miranda. Et l’intérieur de la monture contient un filetage au format M44 (44mm). Il s’agit en fait d’assurer la rétro-compatibilité avec les objectifs Miranda plus anciens qui disposaient de cette monture à vis, une idée maline pour fidéliser les clients.

La monture Miranda : une idée doublement maline !

Mais le coup de génie est encore ailleurs. Le design a été soigneusement étudié, l’écartement entre la monture et le plan film a été réduit au minimum, le diamètre de la monture a été pensé le plus large possible. Tout ça pour permettre d’y adapter la plupart des objectifs concurrents de l’époque : M42 (filetage 42mm comme le Tair-11A), Exakta, Topcon, Leica, Canon, Contax, Nikon ! Moyennant l’adaptateur Miranda correspondant (le manuel en liste sept), la mise au point à l’infini est conservée, sans lentille additionnelle. Le rêve !

À l’oeuvre

Alors le Sensorex est très beau, quoi qu’un peu lourd, il est bien équipé et promet une grande adaptabilité. Mais que vaut-il à l’oeuvre ? Le voilà monté avec l’objectif standard Auto Miranda 50mm f/1.8. Quelles sont ses performances ?

Formidables. S’il est sujet à un peu de vignettage dans les larges ouvertures, l’objectif Miranda est d’un très bon piqué même dans les angles, dès qu’il est fermé en dessous de f/2.0. Les grandes ouvertures permettent de profiter d’un bokeh très doux, avec une tendance à tourbillonner (comme dans la photo du serveur parisien).

J’ai promené l’appareil chargé d’une pellicule Ilford FP4, j’ai gagné un bon massage de l’épaule et ces magnifiques résultats.

N’hésitez pas à laisser un commentaire si vous souhaitez en savoir plus sur le Miranda Sensorex, et pensez à partager vos clichés pris avec cet appareil en me mentionnant sur Instagram. Bonne photo !

Plus d’infos

Auteur : Laurent

Trentenaire, apprenti collectionneur et bidouilleur photographique.

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